Le bilan de la Champions Cup 2025-2026

L’année 2026 commence de la pire des manières pour Ronan O’Gara et ses hommes, qui ont été éliminés de Champions Cup dès la phase de poules. Une première dans l’histoire du club… De quoi dresser un bilan précoce de la grande coupe d’Europe, avant d’attaquer la petite début avril.

Les Rochelais ont reçu les Harlequins dimanche dernier, dans un match qui, pour beaucoup, était synonyme de qualification pour les huitièmes de finale de Champions Cup. La vérité est une défaite sèche pour les Maritimes (17-27), qui perdent à la dernière minute le bonus défensif, marquant la fin de leur parcours en Champions Cup. Un résultat plus que logique, quand on voit l’état de forme et le jeu proposé par les coéquipiers de Uini Atonio. Ce dernier étant le porte-étendard de la méforme rochelaise sur cette rencontre.

Une méforme collective qui ne provient pas de nulle part. Depuis le début de saison, Ronan O’Gara et son staff doivent composer avec de nombreux joueurs sur le flanc : 13 au coup d’envoi (dont 3 en deuxième ligne), ce qui peut expliquer que certains joueurs n’aient pas eu de pause. On pense à Grégory Alldritt, Davit Niniashvili, Uini Atonio, Oscar Jegou ou encore Levani Botia.


Ces cinq joueurs partaient tous sur leur cinquième feuille de match d’affilée lors de cette rencontre. Une situation et un match, à l’image de la précédente saison des Jaune et Noir, qui peuvent réveiller les mauvais souvenirs de la saison dernière, après une défaite face au Leinster (14-16).

Une défaite de champion

Tout comme la saison dernière, la troisième journée marque le retour de l’un des nouveaux “classiques” du rugby européen, la confrontation entre La Rochelle et le Leinster. Un rendez-vous de gala, que les Rochelais ont pris à cœur en envoyant une des plus belles compositions de la saison. Une confrontation dans laquelle La Rochelle a proposé un, si ce n’est son plus beau rugby depuis des années. Un pack puissant, un demi de mêlée en feu, des trois-quarts omniprésents et une volonté de champion, même menée (12-0). De quoi rappeler la finale de 2023. Mais la finalité de cette belle rencontre est une défaite d’un petit point en terre irlandaise, après une pénalité décisive de Byrne (25-24).

Si la performance des Jaune et Noir a le mérite d’annoncer du positif pour l’avenir, elle signe un mauvais choix stratégique après coup. Alors que les hommes de Ronan O’Gara avaient une victoire et une défaite dans la compétition, le destin d’une première place de poule pour La Rochelle était entre les mains des Sud-Africains des Stormers. O’Gara et son groupe ont quand même fait le choix de jouer le match à fond, en envoyant une équipe de cadres. Un coup de poker réussi de prime abord, avec la défaite des Stormers en Angleterre qui rebattait les cartes. Mais la victoire du Leinster a enterré définitivement l’espoir d’une première place rochelaise.

Une impasse en Afrique du Sud

Cette situation extrêmement tendue, pour le déplacement à l’Aviva Stadium prend racine avec le premier déplacement de poule chez les Stormers. Un déplacement qui s’est soldé par une lourde défaite (42-21). Pas de bonus, seulement cinq points après deux journées pour les Rochelais. Mais c’est surtout une équipe grandement constituée d’espoirs, qui a été envoyée chez les coéquipiers de Sacha Feinberg-Mngomezulu. Des espoirs qui ont livré une performance très honorable, dont certains se sont distingués. Mais pourquoi envoyer les jeunes ?

Un effectif remanié, à cause des 15 blessés ? C’est la réponse la plus probable, pourtant on note des disponibilités, telles que Grégory Alldritt, Uini Atonio, Nolann Le Garrec, Davit Niniashvili, Reda Wardi ou encore Tolu Latu. Un déplacement trop énergivore ? La Rochelle a dû se rendre à Port Elizabeth, le troisième déplacement en Afrique du Sud en trois saisons.

Une réponse qui peut faire sens, en allant dans une politique de ras-le-bol des déplacements en Afrique du Sud. Mais au final, dans une compétition où glaner quatre victoires est presque obligatoire pour finir premier de poule (le cas de 3 clubs sur 4 cette saison), La Rochelle s’est tirée une balle dans le pied. Une autre affirmation est possible : la qualification est l’objectif premier, avant même la première place. Une réaction plausible mais qui remet au centre du débat le choix d’envoyer une grosse équipe au Leinster, surtout quand deux victoires suffisent pour la qualification.

Une victoire pour commencer

Pourtant, la campagne européenne avait débuté de la meilleure des manières. Pour le premier match de poule, La Rochelle l’a emporté sur ses terres avec le bonus, contre les Leicester Tigers (39-20). Une victoire plus que sérieuse avec un jeu léché des Maritimes, qui a permis à des jeunes (sur le banc) de glaner leur première cape européenne. Une victoire qui, au-delà d’avoir brisé une série de trois défaites consécutives, a démontré que même sans certains cadres, comme Boudehent, Skelton, Le Garrec et Favre, La Rochelle peut l’emporter lors des matchs à enjeux.

Le bilan de cette Champions Cup pour La Rochelle a deux visages. D’un côté, la déception est grande. Une sortie en poule historique, combinée à une seule victoire en quatre matchs, des blessures qui s’enchaînent et des choix discutables a posteriori. Cette compétition qui a façonné les grands moments du Stade Rochelais vient aujourd’hui la ramener à la réalité.

Malgré tout, cette campagne a aussi montré les prémices d’un avenir meilleur, prometteur. Les Maritimes ont eu beau faire un non-match face aux Harlequins, dans l’ensemble, l’équipe a montré un beau visage. Autant par sa victoire maîtrisée face aux Tigers que sa déroute assez encourageante pour la jeunesse face aux Stormers. Mais aussi et surtout par sa défaite digne d’un prétendant au titre face au Leinster, qui a rappelé au monde que le Stade Rochelais est encore capable de regarder dans les yeux les meilleures équipes du continent lorsqu’elle joue libérée. Les efforts pour construire le nouveau Stade Rochelais doivent se poursuivre pour avoir les félicitations d’ici à la fin de saison.

Mathieu Darras et Hugo Betoule

Crédits photos : Icon Sport