Le Stade Rochelais à l’épreuve de l’infirmerie

Pour la réception du Racing 92, La Rochelle a communiqué sur son infirmerie qui était une nouvelle fois bien remplie. Onze blessés sont à dénombrer. Une situation qui commence à être un peu trop habituelle, et ce, depuis plusieurs saisons. Décryptage.

Will Skelton, Pierre Bourgarit, Jonathan Danty… ce sont des noms bien connus du Stade Rochelais et du Top 14, eux qui ont été artisans du doublé européen des Jaune et Noir. Mais depuis, ils sont surtout connus des kinés et des tribunes, comme beaucoup d’autres de leurs coéquipiers. Le Stade Rochelais se construit d’année en année avec une infirmerie trop souvent pleine. Une situation que Ronan O’Gara avait évoqué avant le déplacement à Newcastle la saison dernière. « On a en moyenne 20 à 28 joueurs blessés chaque semaine, donc c’est super facile de comprendre pourquoi on régresse. Pour progresser, on a besoin d’avoir de la concurrence [] On compose avec les joueurs qui ne sont pas blessés. »

Direction l’hécatombe

Il fut un temps où le Stade Rochelais dominait le rugby européen, un temps où les blessures étaient moins présentes, ou en tout cas moins importantes. Lors des deux années de titres, La Rochelle a connu trois (2021-2022) et cinq blessures majeures (2022-2023) : Levani Botia, Victor Vito et Kevin Gourdon (fin de carrière) lors de la saison du premier sacre, et Jonathan Danty, Matthias Haddad, Thierry Paiva… lors du second. Un constat particulièrement positif, qui a permis à l’équipe type (ou presque) d’être présente lors des grands rendez-vous. Deux saisons où plus de la moitié de l’effectif a toujours été disponible ou indisponible moins d’un mois. Mais comme un signe, la chute de La Rochelle s’est faite en même temps que la démocratisation des blessures chez les hommes de Ronan O’Gara.

Une démocratisation qui a connu son paroxysme la saison dernière, avec la moitié de l’effectif inapte du fait de blessures sur plusieurs mois. Un résultat logique quand on voit le nombre de longues absences entre 2024 et 2026, qui n’a fait que croître. L’année dernière, certains n’ont pratiquement pas joué, comme Pierre Bourgarit (neuf matchs), Will Skelton (sept matchs), Jonathan Danty (deux matchs), et surtout Ultan Dillane et Uini Atonio, qui ont dû mettre fin à leur carrière. Et si cette saison 2026-2027 commence avec deux victoires après trois journées, l’infirmerie est déjà bien fournie en blessés, dont les nouvelles recrues David Kriel et Salmaan Moerat, blessés avant même leur arrivée cette saison. La paire de centres étant particulièrement touchée par cette pénurie, puisque Ulupano Seuteni, Jonathan Danty, Semi Lagivala, David Kriel et George Moala sont indisponibles.

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Les raisons

Avant d’évoquer le pourquoi, il faut rappeler que cette situation ne touche pas que La Rochelle. Bayonne en a particulièrement fait les frais la saison dernière, et de même en ce début de compétition avec le champion de France, Toulouse, qui voit onze de ses joueurs sur le flan. Le Top 14, et même le rugby plus généralement, a vu la densité des impacts devenir impressionnante, augmentant grandement le nombre de blessés. Pour autant, certains points importants sont à noter côté La Rochelle. Tout d’abord, le départ de Philippe Gardent. Ce dernier, arrivé en 2019 en provenance de Clermont, a fait les beaux jours du Stade Rochelais. Mais après cinq saisons, il est débauché par le Stade Toulousain et quitte le club après la saison 2024-2025.

Pour le remplacer, Stephan Du Toit, en provenance du Stade Français où il n’avait pas convaincu. Il mise sa préparation sur deux points : pousser les curseurs athlétiques et donner plus de confiance aux joueurs. Au final, les résultats ne se sont pas vus et avant même la fin de son contrat, il part dans le silence le plus total en plein milieu de la saison dernière, sans que le club n’ait officiellement annoncé son départ. Arrivé au club en 2023, Florent Gibouin est également parti en fin de saison dernière du côté du Stade Toulousain, où il a retrouvé Philippe Gardent. En attendant le renouvellement du staff pour 2027, c’est Adrien Vachon qui est responsable de la préparation physique, avec l’aide d’Evan Courties, Ludovic Girard et Thibaud Hugueny. Une situation pas des plus stables pour un club qui n’arrive pas à sortir de cette boucle infernale, et que l’on a plus en détails expliqué dans notre article « Des mots sur les maux ».

On peut aussi évoquer un problème plus profond, la surutilisation des cadres. Il faut dire que certains titulaires n’ont pas été épargnés : Grégory Alldritt a tourné en moyenne à 2 000 minutes de temps de jeu (La Rochelle + XV de France) entre 2020 et 2023, Uini Atonio et Will Skelton à 1 700 minutes. Et avec le jeu de « KO Rugby » que Ronan O’Gara a imposé depuis sa promotion au poste de manager en 2020, certains joueurs, dont les internationaux, ont commencé la saison 2023-2024 émoussés et donc beaucoup plus sujets aux grosses blessures, à l’image de Pierre Bourgarit, Paul Boudehent, Levani Botia, Tawera Kerr-Barlow…

Cette situation épineuse l’est aussi bien pour le Stade Rochelais que pour les supporters, qui voient à chaque match de nouveaux blessés, Pierre Bourgarit et Ulupano Seuteni face à Toulon, mais aussi en off, comme Nathan Fraissenon et George Moala. Si le club à la caravelle veut retrouver de sa splendeur, il va lui falloir le plus de joueurs disponibles à disposition, surtout ses internationaux. Mais des signaux positifs sont à noter. Déjà, Ludovic Girard a pu communiquer les intentions dans la préparation physique d’avant-saison sur la chaîne Youtube du Stade Rochelais, chose nouvelle dans la communication du Stade. Mais aussi par un style de jeu moins porté sur la puissance, accompagné d’un banc en 7-1 très présent en ce début de saison, qui va permettre au corps des Maritimes de moins s’user.

Crédits photos : Icon Sport et Stade Rochelais