Les talonneurs rochelais perdent pied

Depuis son double sacre en Champions Cup, le Stade Rochelais ne figure plus parmi les leaders du rugby européen. Entre blessures, manque d’efficacité ou effectif vieillissant, les défauts s’accumulent. Merling et ses hommes essaient tant bien que mal de redresser la barre, mais un problème subsiste toujours : les talonneurs. Critiqués depuis des années, est-ce véritablement le talon d’Achille des Maritimes ? Décryptage.

Samedi 31 octobre, les Rochelais se sont fait corriger par le Stade Français (43-24). Pourtant, les hommes de Ronan O’Gara avaient à deux reprises, l’occasion d’aller chercher le bonus défensif, si ce n’est plus. Mais que ce soit à la 58e ou à la 75e minute, les Jaune et Noir se sont vu voler deux touches dans les cinq mètres adverses. Deux revers signés des avants rochelais, dont le talonneur Tolu Latu. Une action parmi tant d’autres qui reflète en ce début de saison, et depuis quelques années maintenant, un problème au poste de talonneur chez les Rochelais, avec pour premier visage Tolu Latu.

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Tolu Latu, le titulaire inconstant

Arrivé en tant que joker médical pendant la saison 2023-2024, l’international australien est devenu, par la force des choses, le titulaire au poste de numéro 2. Les raisons : un bon rendement sur ses courses, une belle présence dans les rucks ainsi que les blessures de Pierre Bourgarit. Depuis son arrivée, Latu trône parmi les joueurs avec le plus de ballons grattés par saison (10 en 2023-2024, 8 en 2024-2025 et en 2025-2026). Mais a contrario, Latu manque cruellement de constance, pouvant passer de 8/9 au plaquage face à l’Union Bordeaux-Bègles cette saison, à 5/7 face au Stade Français. Et surtout, il est l’un des joueurs les plus pénalisés, terminant la saison 2024-2025 avec plus d’une vingtaine de fautes et trois cartons jaunes. Cette saison, il a déjà été coupable de six fautes, un jaune et un rouge. Un surplus d’engagement qui pénalise trop souvent le club à la caravelle. Après cinq feuilles de match cette saison, l’Australien n’arrive toujours pas à basculer du bon côté, en atteste son agacement face à l’arbitre à Paris.

Pierre Bourgarit et les blessures

Neuf. C’est le nombre de matchs la saison dernière auxquels le double champion d’Europe Pierre Bourgarit a pris part. Depuis 2024, le Gersois a enchaîné blessure sur blessure, lui qui a connu la Coupe du monde en 2023. Dynamiteur, bon ballon en main, propre… il est loin le temps où Bourgarit était un des hommes forts de l’effectif rochelais. À force de blessures, l’international reprend enfin du temps de jeu, et encore, il n’est qu’à quatre feuilles de match, avec une blessure d’un mois en plein milieu. Des blessures qui ont eu raison de ses forces. Beaucoup moins d’impact et moins tranchant, le talonneur de 29 ans manque de rythme et d’efficacité aujourd’hui, ne trouvant aucune course dominante face à Toulon lors de la deuxième journée. Entre 2022-2023 et 2026-2027, il passe de six courses et 16,7 mètres gagnés en moyenne par match à quatre courses et 5,3 mètres gagnés aujourd’hui. Bourgarit semble moins en jambes, avec un physique qui laisse entrevoir une méforme, et un jeu de mains beaucoup plus imprécis, qui rend sceptique son retour au meilleur niveau.

Quentin Lespiaucq, la neutralité

Arrivé à l’intersaison 2022-2023, l’ancien palois s’est imposé comme le second talonneur de l’équipe, remplaçant Pierre Bourgarit à la 65e minute du deuxième sacre européen. Le natif des Landes est un joueur sans envolées mais très propre, à l’image de la touche, où il a fini la saison dernière meilleur lanceur avec 83,1 % de lancers réussis (98/118). Mais il s’est heurté rapidement à un plafond de verre. Avec quatre courses et six plaquages en moyenne, il n’arrive pas dans le jeu à avoir ce petit plus qu’ont Latu ou Bourgarit. Surtout qu’en ce début de saison, ses performances sont en baisse : deux courses et trois plaquages par rencontre, en plus d’une réussite en touche très faible et très inquiétante. Il n’a pas réussi à avoir un match référence sur ses cinq feuilles de matchs (146 minutes) cette saison.

Un problème commun : la touche

Point d’accroche de notre analyse, la touche est un des gros problèmes aujourd’hui à La Rochelle. Pourtant, si on se penche sur les statistiques de la saison dernière, les Maritimes arrivent sixièmes avec une réussite de 82,5 % dans le secteur. Mais quand le ballon arrive aux cinq mètres, il n’est pas rare d’entendre dans l’enceinte de Deflandre des supporters Jaune et Noir annoncer une touche manquée en zone de marque, à juste titre. Que ce soit des lancers pas droits ou des ballons contrés, le Stade Rochelais manque de réalisme au moment opportun, dans un secteur de plus en plus contesté, à l’image du Stade Français Paris et ses 24,4 % de touches contrées la saison dernière. Il est à noter que la question de la touche n’est pas qu’une question de talonneur, mais d’un ensemble de facteurs. Pour autant, que ce soit lors des matchs ou des entraînements, il n’est pas rare de voir des lancers lents, des hésitations des talonneurs ou de multiples lancers pas droits, empêchant des lancements de jeu et des mauls de se mettre en place, maul qui fut l’arme reconnue du plan de jeu de Ronan O’Gara et ses hommes.

Un avenir brumeux

Il serait malhonnête de dire que la raison première de la forme actuelle du Stade Rochelais soit les talonneurs, plus qu’un tout. Mais à une époque où La Rochelle a construit sa renommée sur des mauls et un pack dominant, avec au centre un talonneur qui porte le projet, le niveau insuffisant des différents numéros 2 inquiète. Surtout quand le seul talonneur qui a tiré son épingle du jeu en ce début de saison est le jeune Géorgien Nikolozi Sutidze (23 ans), actuellement en prêt à Béziers. Attendu comme le numéro quatre au poste, Nika semble promis à un avenir de titulaire ou de remplaçant, surtout avec les fins de contrat de Tolu Latu (33 ans) et Quentin Lespiaucq (32 ans). Bourgarit devrait reprendre son poste de titulaire sur le long terme, s’il est épargné par les blessures, mais sans garantie d’un bon retour. Et quid de l’international U20 Gabin Garault (20 ans), avec zéro minute de temps de jeu cette saison, contre plus de 500 la saison dernière (434 avec France U20) ? Futur du club, après des bons signaux la saison dernière, Gabin n’a toujours pas la confiance du staff et mange son pain noir en espoirs. La solution peut venir de la Pro D2, avec Mamoudou Meïté (23 ans) évoluant à Soyaux-Angoulême et proche (si ce n’est déjà fait) de signer à La Rochelle pour la saison prochaine.

Une situation encore compliquée à envisager à ce poste, avec un manque cruel de leaders, même si, d’après Jean-Baptiste Elissalde au micro de Sud Radio, c’est Tolu Latu qui s’en rapproche le plus. « Sacha (Elissalde) mon fils, me dit qu’il est incroyable pour le groupe. » La suite de la saison aura raison de nos interrogations, par les performances, les feuilles de match et le mercato d’un secteur qui a besoin de mieux performer pour une équipe qui cherche à retrouver son lustre d’antan.

Crédits photos : Mathieu Darras, Stade Rochelais et Valentine Chapuis