Antoine Hastoy : cap à l’ouest pour une centième

Samedi 21 mars, Hastoy s’apprête à honorer sa centième apparition sous le maillot rochelais, après avoir débuté sa carrière à Pau. Comme un symbole. Portrait d’un amoureux du ballon ovale très attaché à son Sud-Ouest.

Originaire de Bayonne, Antoine Hastoy est né au pays du rugby, qu’il a tout de suite regardé à la télévision. À cause de son jeune âge, il s’est d’abord essayé dans d’autres sports comme la gymnastique, la natation et le judo avant de commencer à six ans sa passion rugbystique. La passion du rugby n’a pas mis longtemps à se lire dans le regard du natif de la côte basque. Il débute le rugby à l’âge de 6 ans, au RC Billière à Lescar, non loin de Pau. Déjà, l’ancien coprésident du club local disait de lui « qu’il donnait tout et n’aimait pas perdre. Il était à l’écoute et toujours envie de bien faire en match ». Après le déménagement de ses parents dans le nord des Pyrénées-Orientales, il intègre le centre de formation de la Section Paloise, à partir des minimes en 2011. Ouvreur de métier, sa grande idole n’est autre qu’un certain Dan Carter. Il commence à perfectionner sa qualité de buteur à l’échelon cadets, sous la supervision de Frédéric Manca, illustre ouvreur-arrière palois.


Pau, l’envol vers une riche carrière

Son premier match avec le club béarnais arrive le 21 mai 2016 lors de la 24e journée de Top 14 avec une défaite face au Racing. Il dispute un autre match deux journées plus tard à Brive, soldé par une nouvelle défaite. Sur les deux premiers matchs, il joue moins de 30 minutes. Mais le jeune garçon est loin de s’imaginer ce qui va lui arriver. L’ouvreur en devenir de Pau enchaîne trois commotions cérébrales en moins d’un an et doit arrêter de jouer pendant trois mois. À l’époque, les forces vives ne manquent pas à ce poste en la personne de Colin Slade et Tom Taylor, deux néo-zélandais.

Sa première titularisation intervient le 8 décembre 2018 à Agen, en Challenge Cup. Il s’offre cette fois une première victoire en l’absence des deux ouvreurs titulaires Colin Slade et Tom Taylor et inscrit la bagatelle de 23 points pour lancer véritablement son aventure avec le club béarnais. Cette saison va lui faire prendre de l’importance, en étant titularisé lors de 14 rencontres sur 27, soit 52 % du temps et joue peu à peu les matchs en entier au poste d’ouvreur. Son premier match à l’arrière survient lors de la dernière journée, où il est encore aligné 80 minutes. Le développement de cette polyvalence s’explique par l’abondance de talents et l’expérience de Colin Slade à l’ouverture. Une adaptation qui lui sera utile pour la suite.


La saison 2019-2020 (celle de la Covid-19) est ponctuée de seulement 17 matchs. Mais Hastoy n’en manque pas, en étant même titularisé à 14 reprises. Il en vient même à être la tête d’affiche de la présentation des maillots de pré-saison, en compagnie de Luke Whitelock, grand All-Black de la fratrie bien connue de tous les amoureux du rugby. Lors des trois saisons suivantes, il engrange plus de 1500 minutes de moyenne par saison, soit l’équivalent de plus de 22 matchs, en étant titulaire 80 % du temps. C’est donc au terme de sept saisons professionnelles qu’il exprime pleinement son potentiel. Au départ en tandem avec Colin Slade, son départ du club en 2021 va permettre au Béarnais de prendre les clés de la maison verte et blanche.
Lors de la saison 2020-2021, il termine 3e meilleur réalisateur du Top 14 avec 280 points. Cela lui ouvre les portes de l’équipe de France lors de la tournée d’été 2021 en Australie.


Un vécu international avant La Rochelle

C’est durant la tournée d’été en Australie qu’Antoine Hastoy connaît sa première sélection, lors du troisième match. Il est associé à Baptiste Couilloud à la charnière. Auteur d’un excellent match malgré la défaite, il continue d’être convoqué pour la tournée d’automne, sans pour autant jouer. Mais cela constitue déjà une belle expérience. Il est rappelé sur plusieurs tournois et cumule en tout dix sélections internationales, dont une lors du match de Coupe du monde en 2023 en France, face à l’Uruguay, et est même auteur d’un essai.


La Rochelle, pour changer de dimension

Au terme de la saison 2022, il décide de rompre son contrat, un an avant la fin, avec la Section pour voir plus grand. Il se tourne vers le Stade Rochelais, récent champion d’Europe et cador européen et français à cette période. Antoine Hastoy arrive à La Rochelle avec le statut de buteur de grande classe, vif, rapide, intelligent. Il a déjà prouvé son potentiel dans le Béarn et s’installe comme l’ouvreur référence de la maison maritime, dans une équipe qui connaît des difficultés à ce poste. Dès sa première saison en 2022-2023, il est immédiatement titulaire et cumule plus de 2000 minutes sous le maillot jaune et noir. Cela en dit long sur les espoirs placés en lui. Il inscrit 329 points en 28 matchs disputés. Il faut dire que sa première saison est celle de la confirmation du Stade Rochelais avec le doublé européen du club. Il est un grand artisan du succès maritime avec 12 des 27 points marqués à Dublin, en plus d’être le meilleur réalisateur de la compétition avec 97 points marqués. « On a fait quelque chose d’énorme, c’est incroyable », confie l’intéressé au micro de France Télévisions. Il sera nommé Oscar d’or du Midi Olympique pour sa saison hors norme. Quelques semaines plus tard, il va également vivre un double événement avec une nouvelle finale, cette fois en Top 14, cruellement perdue face au Stade Toulousain (29-26).

Prolongé jusqu’en 2029, il connaît une saison pleine en 2024. Antoine Hastoy se sent bien. Il va aussi être sur le pré environ 2000 minutes dans la saison et dispute des phases finales, tant en Coupe d’Europe (quart de finale perdu sur la pelouse du Leinster) qu’en Top 14 (défaite en demi-finale face à Toulouse). Il sera récompensé par deux sélections internationales en Argentine, en tant que titulaire. La saison suivante, en revanche, est un peu moins glorieuse. Le Stade Rochelais échoue en huitième de finale de Champions Cup contre le Munster et n’a pas le droit aux phases finales de Top 14, après sa 7e place rageante. L’ouvreur rochelais fait évidemment partie de cette méforme mais cumule tout de même 28 matchs disputés et plus de 1500 minutes passées sur le terrain. Il demeure encore un maillon essentiel de l’effectif jaune et noir.

Hastoy voit rouge et entre dans l’histoire du top 14

Antoine Hastoy est un joueur discret, compétiteur et dynamiteur du jeu rochelais. Mais il faut bien noter son seul fait d’arme négatif depuis le début de sa carrière professionnelle. Son premier carton rouge, il l’a obtenu au bout de seulement 34 secondes de jeu, lors du déplacement sur le terrain de son ancienne équipe le 30 novembre dernier. Quelques secondes après le coup d’envoi de la rencontre et au terme d’un échange de jeu au pied, Antoine Hastoy, au duel avec Aaron Grandidier-Nkanang, balance malencontreusement son pied en l’air pour se protéger. Ses crampons se posent sur la lèvre de l’ailier palois et après un arbitrage vidéo, la sentence est immédiate, carton rouge pour le Rochelais. Le match est tout de même débridé, malgré l’infériorité numérique, et se solde par une défaite 53-33. Un fait marquant dans la carrière d’un joueur rarement absent.

Une centième apparition mouvementée

Notre article a pour objectif de célébrer la centième apparition d’Antoine Hastoy sous le maillot rochelais. Mais ces dernières semaines, nous avions relayé un éventuel départ de l’ouvreur maritime au profil de l’international écossais Ben Healy (Edimbourg). Si la piste Ben Healy est toujours d’actualité, à l’inverse, Hastoy restera bien jusqu’en 2029 au sein du club à la caravelle. En effet, Ronan O’Gara l’a confirmé jeudi midi en conférence de presse en assurant qu' »Antoine ne va pas partir, c’était une menace ».

C’est donc après trois semaines de repos qu’Antoine Hastoy revient à Marcel-Deflandre pour y fêter sa centième apparition sous le maillot Jaune et Noir et vaincre le signe qui a amené son équipe à rester dans le fond du classement. En espérant que cette soirée face au club qui l’a fait grandir sera à son avantage et mènera ses coéquipiers vers la victoire finale.

Crédits photos : Anthony Dibon – Icon Sport, Jean-Baptiste Quentin – Le Parisien, Quinze Mondial