Bilan mi-saison 2025-2026 : Une mue prometteuse et douloureuse

Nous sommes le 31 décembre, Noël est passé et La Rochelle termine son année par une déculottée contre le Stade Toulousain (60-14). La moitié de la saison est derrière nous et comme l’année dernière à la même époque, il est l’heure de faire le bilan de la première partie de la saison !

Deux ans et demi après avoir été au sommet du rugby européen, où en est le Stade Rochelais ? Si certains espéraient encore retrouver l’équipe qui a soumis l’Europe à son jeu, après deux années en dedans, le recrutement très jeune du club annonçait une saison de transition, comme une préparation pour l’après O’Gara.

Si saison de transition il y a, alors les résultats ne seront pas la priorité absolue. Malgré ça, le Stade Rochelais a inscrit 31 points, avec six victoires pour sept défaites. Avant l’ultime rencontre de l’année, les coéquipiers de Grégory Alldritt étaient à l’équilibre, avec autant de victoires que de défaites. Une première partie de saison ni bonne ni mauvaise, bien que la défaite au Stadium puisse noircir le tableau.

Et pourtant, le Stade Rochelais termine son année 2025 avec seulement un point de moins que l’année 2024. Mais la position en championnat n’est plus la même. En effet, d’une place à la fin du top 6 l’année dernière, les Maritimes sont aujourd’hui 10ème. La faute à un Top 14 toujours plus serré, puisqu’une victoire en plus ferait bondir les Jaune et Noir de la dixième place à la quatrième. Malgré des résultats en dents de scie, pourquoi la mue du Stade Rochelais est-elle néanmoins prometteuse ?

Une évolution dans le jeu bienvenue

Plus encore que le rajeunissement de l’effectif, le recrutement estival rochelais aura surtout été marqué par la volonté de ne prendre que des trois-quarts, aussi bien en 15 qu’au centre ou à la mêlée. Symboliquement, le jeu basé sur les avants qui a fait la réputation et le succès du club est réformé pour permettre aux lignes arrière de s’exprimer davantage.

Et finalement, cette première partie de saison aura t-elle permis d’entrevoir les premiers signes du nouveau Stade Rochelais, plus dynamique, moins stéréotypé et utilisant bien plus volontiers toute la largueur du terrain pour développer ses offensives ? Comme toujours, ce n’est jamais tout blanc ou tout noir, et si l’on a vu de très belles choses par moments, on a également assisté à plusieurs matchs très frustrants.

Parmi les réussites, il faut évoquer le superbe succès contre l’Aviron Bayonnais (49-17), qui a vu les hommes de Ronan O’Gara jouer excellemment bien, en mettant les trois-quarts au cœur du jeu et permettant au duo d’ailiers Bollengier-Nowell de mettre un doublé chacun et à la paire de centres Favre-Seuteni de créer énormément d’occasions.

De l’autre côté de la balance, Montpellier et Castres restent en tête comme des symboles de l’inefficacité offensive rochelaise, particulièrement lors de la rencontre à Marcel-Deflandre face au CO, où les Rochelais, alors à 15 contre 13, ont été incapables de trouver la faille ! Alors même que les Castrais étaient réduits à 12, il aura fallu plusieurs tentatives pour qu’enfin un essai soit marqué. Un manque de réalisme qui coûte des points au classement général…

Si il y a eu du bon et du moins bon, il faut cependant saluer la volonté de faire évoluer le jeu du Stade vers quelque chose de différent, qui s’était déjà vu la saison dernière par bribes mais qui semble enfin avoir été priorisé par le staff de Ronan O’Gara. Si cela amène encore à des difficultés, on ne peut qu’espérer que cette transformation portera enfin ses fruits dans les prochaines années. Et en parlant des prochaines années, évoquons maintenant le second axe de ce bilan, les jeunes promesses maritimes et leur intégration à l’effectif professionnel.

Le rajeunissement du Stade Rochelais est en marche

Derrière ce titre aguicheur, il existe trois réalités, toutes liées aux trois types de jeunes joueurs au Stade Rochelais : les « presque-cadres », les jeunes confirmés et les nouveaux.

En ce qui concerne les « presque-cadres », Oscar Jegou et Matthias Haddad semblent continuer sur leur lancée. Le premier est un titulaire indiscutable en troisième ligne quand le second profite du repositionnement de Paul Boudehent en deuxième ligne pour remonter dans la hiérarchie des flankers, en concurrence avec l’inusable Levani Botia.

Parmi les jeunes confirmés, Hoani Bosmorin vit le contrecoup de sa saison de l’explosion et peine à confirmer, étant concurrencé sur l’aile par la recrue Davit Niniashvili et un Nathan Bollengier qui semble avoir enfin mis ses blessures derrière lui et montre l’énorme potentiel qu’on avait entraperçu il y a deux ans de cela.

Au centre, Simeli Daunivucu enchaîne enfin, après deux années frustrantes, et même s’il reste du chemin à faire en termes de constance, son talent est évident et sa prolongation semble indiquer qu’il est l’avenir au centre aux yeux du staff rochelais. À ses côtés, la recrue Semi Lagivala a apporté une sacrée fraîcheur avec le numéro 13 dans le dos. Mais malheureusement, sa grave blessure semble mettre un coup d’arrêt majeur à son développement.

Ugo Pacome aura eu un début de saison étonnant, démarrant la première rencontre face à l’UBB puis celle contre Clermont avant de disparaître après le match contre Montpellier, entre blessures et mise à l’écart, pour ne revenir que lors de l’ultime rencontre de l’année à Toulouse.

Alors que le talon semblait être l’un des points faibles du club depuis quelques années, les bonnes performances de Tolu Latu et Quentin Lespiaucq auraient pu faire diminuer le temps de jeu de Nikolozi Sutidze. Force est de constater que le Géorgien aura réussi à se mettre au niveau de ses coéquipiers et offre beaucoup d’espoir en première ligne, à un poste où le Stade Rochelais doit composer avec les blessures chroniques de Pierre Bourgarit.

C’est au poste de pilier, à gauche comme à droite, que la jeunesse était la plus attendue, particulièrement à droite où la blessure de Uini Atonio faisait peur à beaucoup de monde. Et si la mêlée fermée a été en grosse difficulté en début de saison, les deux Alex, Aleksandre Kuntelia à droite et Alexandre Kaddouri à gauche, ont tenu la baraque en enchaînant massivement, à un poste où l’expérience est une qualité fondamentale. À noter que Karl Sorin a montré des choses intéressantes en début de saison alors que Louis Penverne a confirmé être un crack, quand il n’est pas blessé.

Beaucoup de nouveaux ont été testés, certains pour qui c’était les premières minutes et d’autres qui avaient déjà eu la chance de jouer avec les pros. Sur les nouvelles têtes qui ont fait leur apparition, on peut noter que la charnière composée de Diego Jurd et Nolhann Couillaud a impressionné, en particulier le demi d’ouverture Diego Jurd, dont la précocité et le talent ont déjà ébloui les supporters rochelais. En deuxième ligne, Charles Kante Samba était sur neuf feuilles de matchs consécutives avant sa commotion cérébrale face à l’Aviron Bayonnais. On sait que la deuxième ligne des Maritimes n’est pas d’une grande stabilité, entre absences longue durée de Boudehent et Skelton et performances moyennes de Dillane et Douglas, sa capacité à jouer 4 ou 5 lui a permis d’enchaîner les matchs et de se montrer très proche du niveau de ses concurrents directs.

Finissons avec la troisième ligne, poste dont on connaît la grande compétitivité, en évoquant Kirill Fraindt et Lucas Andjisseramatchi. Si le Russe n’a joué que trois matchs, il a néanmoins déjà montré sa grosse activité, ses très bonnes capacités en touche, rappelant qu’il est à la base formé en deuxième ligne, et son endurance. Quant à Andjisseramatchi, il a tout l’air d’un des coups de cœurs du staff rochelais, et a même eu l’honneur d’être le capitaine des Jaune et Noir lors de la rencontre face aux Stormers. Si la très probable présence de Grégory Alldritt et Oscar Jegou avec l’équipe de France pendant le VI Nations lui assurera de continuer à se mettre en valeur, le fait qu’il puisse jouer à la fois flanker et numéro 8 joue en sa faveur.

Vous l’aurez compris, cette première partie de saison 2025-2026 fut à la fois pleine de promesses, aussi bien dans l’évolution du jeu que dans l’intégration des jeunes. Elle a aussi très bien montré les limites de ce Stade Rochelais, dont l’effectif comme le jeu semble parfois encore bloqués dans le passé.

Crédit photo : Stade Rochelais