La Rochelle – Lyon : Une défaite glaçante

C’était le retour du championnat à domicile pour les Rochelais lors de cette 16e journée de Top 14. L’ambiance était déjà particulière avant le match avec l’annonce prématurée de la fin de carrière du pilier droit Uini Atonio mais aussi la 150e de Ihaia West avec son club. Elle l’était encore plus avec un besoin impératif d’une victoire pour recoller au top 6. L’inverse s’est produit avec une grosse défaite face au LOU (24-44).

À La Rochelle, après la neige tombée trois semaines plus tôt, c’est une nouvelle vague de froid qui a déferlé sur Marcel-Deflandre. Elle s’est nommée Lyon Olympique Universitaire. Alors que le soleil était au rendez-vous en ce début d’après-midi, les espoirs de victoire du Stade Rochelais ont très vite été gelés par la furia lyonnaise.

Dès la 3e minute, l’ailier rhodanien Lorre, sur un service de son centre Millet file à l’essai pour éteindre précipitamment l’enceinte maritime (0-7, 3e minute). Éteindre ? Non, au contraire ! Pendant que la transformation de Méliande filait entre les perches, le public a honoré son chouchou, Uini Atonio, comme cela avait été annoncé par les clubs de supporters et sur les réseaux sociaux. Un applaudissement à l’unisson et des « Uini, Uini, c’est La Rochelle » ont résonné dans le stade. Un bel hommage, mérité. Malheureusement, cet hommage n’a pas requinqué les troupes. Favre sort blessé à la jambe droite quelques minutes plus tard et Botia voit jaune au quart d’heure de jeu, après un plaquage haut, qui a propulsé Couilloud au sol et l’a obligé à sortir temporairement du terrain. Méliande convertit la faute du Fidjien (0-10, 15e). S’ensuit des échanges de coups de pied vains, des approximations dans les relances de part et d’autre. Jusqu’à une nouvelle erreur totalement évitable sur une touche vite jouée. Dans la confusion générale, Sam Simmonds intercepte une passe de Lespiaucq et file à l’essai. Pire, trois minutes plus tard, les vieux démons survenus en première mi-temps face à Clermont ressurgissent et Dumortier corse un peu plus la note, après une belle relance lyonnaise de près de 50 mètres. Le score affiche alors 24-0 pour les visiteurs, à la 28e minute.

L’addition est salée et les erreurs sont légion. Deflandre souffle le froid et les locaux sont dépassés. Sur la première mi-temps, la possession est à l’avantage des Jaune et Noir avec plus de 60 % mais les coéquipiers de Baptiste Couilloud sont diablement efficaces et engrangent. La preuve, cinq minutes avant la pause, sur une percée de Masi au centre du terrain, le jeu se poursuit, termine par une finition au près de Millet, impliqué une nouvelle fois dans le travail de mouvement de son équipe (0-31, 37e). Dans ce marasme, un joueur va sonner la révolte et illuminer la cité portuaire. On vous laisse deviner ? Oui, l’un des meilleurs joueurs du début de saison côté rochelais n’est autre que le fantasque géorgien Niniashvili. Après une avancée d’Hastoy sur les 30 mètres lyonnais, l’ouvreur fixe un défenseur et sert son ailier qui met les cannes pour inscrire l’essai de l’espoir. 31-7 à la mi-temps, l’écart est déjà fait mais impossible n’est pas rochelais.

Une réaction bien trop timide

Au retour des vestiaires, O’Gara tente d’apporter de la fraîcheur, avec les entrées de Sutidze et Kuntelia. Indirectement, cela fonctionne puisque l’une des premières actions mène à l’essai en force de Cancoriet, seconde ligne pour la rencontre. Il profite d’un bon grattage de Botia alors que la touche offensive initiale avait été perdue (12-31, 41e). L’espoir renaît. Mais dans le club à la caravelle, les joies sont souvent de courte durée cette saison. L’infirmerie accueille un nouveau pensionnaire, en la personne de Wardi, touché aux côtes (après Favre à la jambe en début de match). Après quelques changements dans les deux camps, le match reprend et à la suite d’une pénalité acquise sur mêlée, les Rochelais développent leur jeu et le talonneur Marchand écope d’un carton jaune (45e) pour une faute similaire à Botia (voir plus haut). Cette supériorité numérique est concrétisée par les avants maritimes, qui à l’issue d’un gros travail, écartent pour envoyer Seuteni sur orbite (19-31, 45e). Deux essais coup sur coup qui réveillent les supporters.

Après dix minutes de transition, le jeu se déroule dans le camp lyonnais et une nouvelle perte de balle rochelaise envoie Wainiqolo à l’essai après une course de 60 mètres en solitaire, finalement annulé. Cet avertissement sans conséquence réveille les Rochelais qui plantent à nouveau par l’intermédiaire de Nowell, après une belle initiative personnelle de Niniashvili à dix mètres de l’en-but (24-31, 59e). West ne convertit toujours pas les points depuis son entrée en jeu. Mais le stade s’enflamme, les supporters y croient, les Lyonnais sont à nouveau à 14 pour indiscipline. Malheureusement, les nouvelles imprécisions rochelaises mènent à un renversement de jeu. Sur un contre, Hastoy plonge à cinq mètres de sa ligne et rabat le ballon vers son en-but, ce qui empêche Dumortier de se saisir correctement du ballon et d’aplatir. Le désormais arrière sort dix minutes et Méliande engrange (24-34, 64e). La pluie fait ensuite son apparition, les attaques locales n’aboutissent pas et la dernière punition finit par arriver à la 73e minute, à l’issue d’un raid solitaire de Wainiqolo qui passe en revue une défense rochelaise épuisée physiquement (24-41, 73e). La messe est dite, l’ouvreur lyonnais ajoute un dernier coup de pied à la sirène. Monsieur Ramos siffle la fin de la rencontre sur cette cuisante défaite 44-24.

Top et Flop

Top : Le top joueur côté rochelais reste indéniablement Davit Niniashvili. À l’initiative de la révolte maritime en fin de première mi-temps par son essai, il est l’un des rares rochelais à proposer de véritables solutions offensives et à déséquilibrer la défense adverse. Dès la 65e minute, il était épuisé, à juste titre, mais n’a jamais lâché.

Flop : En instance de départ à la fin de la saison, comme annoncé par le quotidien L’Equipe cette semaine, Joel Sclavi a une nouvelle fois balbutié son rugby et est sorti à la mi-temps. La perte définitive d’Atonio va faire très mal, même si Kuntelia tient la baraque lors de ses entrées.

Le fait du match

Le fait du match le plus important est un copié-collé du match de la semaine dernière contre Clermont dans sa forme. Cette fois déjà mené au score, le Stade Rochelais a pris une avalanche d’essais en 12 minutes (3), qui a glacé le public et les joueurs. L’écart au score était fait et la seconde période n’a été qu’une réaction partielle à la blessure subie dans le premier acte.

Bilan

Avant ce match, l’équipe était certes affectée par une semaine particulière avec la perte définitive de son pilier emblématique Uini Atonio, contraint de prendre une retraite forcée. Mais au-delà de cet événement, c’est un collectif entier et une dynamique qui semblent disparus. Les joueurs paraissent abattus, les blessés s’ajoutent (une vingtaine désormais), le staff est sans solution pour avoir cet électrochoc nécessaire à remonter la pente. La semaine de vacances va permettre de recharger les batteries et préparer au mieux la nouvelle réception de Montpellier la semaine suivante afin de ne pas sombrer dans une crise qui mèneraient les Rochelais à se battre pour le maintien en Top 14.

Crédit photo : Icon Sport