O’Gara, c’est LaROGchelle

C’est fait ! Ronan O’Gara rempile jusqu’en 2031 avec le Stade Rochelais. Une prolongation qui signe dix années de bons et loyaux services à différents postes au sein de la caravelle rochelaise. Bilan d’une décennie composée de hauts et de bas.

Il est bien connu qu’au Stade Rochelais, on n’aime pas le changement. Depuis toujours, le club aime garder sur la durée ses managers : Jean-Pierre Elissalde (1988-1999), Serge Milhas (2004-2011), ou encore Patrice Collazo (2011-2018). Alors que ce dernier a été remplacé par Jono Gibbes en 2018, un certain Ronan O’Gara fait son apparition peu de temps après pour lui prêter main forte derrière. L’ancien international irlandais, aux 128 sélections, a déjà de la bouteille en tant qu’entraîneur. Il connaît quatre saisons avec le Racing 92 à entraîner le but et la défense, avec un titre de champion de France à la clé, puis passe une saison chez les Crusaders (Nouvelle-Zélande) à s’occuper de la ligne arrière. C’est à ce même poste qu’il rejoint en 2019 le staff de Jono Gibbes, composé de Grégory Patat (entraîneur des avants) et d’Akvsenti Giorgadze (entraîneur de la conquête).

Si Jono Gibbes est le tacticien du groupe, « ROG », lui, incarne la rigueur. En bon Irlandais, il apporte une rigueur presque académique dans une équipe rochelaise encore novice en Top 14. Mais Ronan est surtout habité, toujours à 200 % pendant les rencontres et hors des terrains, il peut s’avérer être très proche de son équipe mais aussi très dur, et sans filtre. « C’est toujours constructif mais parfois ça pique (rire) », évoquait Jules Plisson au micro de Canal+, en 2021. Si Collazo s’est fait connaître pour son cassage de glacière, O’Gara le sera plus par son langage pour le moins fleuri. Un personnage haut en couleur, qui va vite s’imposer par toute sa connaissance du rugby. Il va apporter, en tant qu’ancien grand demi d’ouverture, sa science du jeu au pied. Un enseignement qui permet au club de prendre en intelligence de jeu, d’avoir une meilleure occupation globale, et d’avoir de meilleurs skills. Mais il va aussi apporter son bagage du Racing, en améliorant grandement la défense des Maritimes. « Il a révolutionné notre défense », confiait l’ancien ailier rochelais, Marc Andreu, dans les colonnes de Sud Ouest.

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Jono Gibbes et Ronan O’Gara

Le KO Rochelais

En 2021, Jono Gibbes repart en Auvergne du côté de Clermont, et Ronan est promu manager du club. Un nouveau poste qui lui permet d’avoir les clés du camion jaune et noir. Déjà, il fait beaucoup de changements au sein du staff : Grégory Patat laisse sa place à l’Irlandais Donnacha Ryan, et Akvsenti Giorgadze quitte également le club au profit du Sud-Africain Gurthrö Steenkamp. De nombreuses arrivées rythment aussi la vie de l’équipe, comme les anciens joueurs Sébastien Boboul (entraîneur de l’attaque) ou encore Rémi Talès (entraîneur des arrières)… Mais ce qui va façonner le Stade Rochelais « made in ROG », ce sont deux choses. La première, son style. Le Stade Rochelais propose un jeu intense nommé « KO rugby ». L’objectif est simple, imposer une intensité physique totale aux adversaires tout au long de la rencontre. Un véritable duel à la fois physique mais aussi mental.

Pour imposer ce style de jeu très énergivore, Ronan fait appel à des gros porteurs : Jonathan Danty, Joel Sclavi, Georges-Henri Colombe et surtout Will Skelton. L’Australien de 2m03 pour 145 kg va être le porte-étendard de la stratégie du technicien irlandais. Surpuissant, toujours dans l’avancée, véritable poison dans les rucks, « Big Will » met à mal toutes les équipes françaises et européennes. Avec un pack aussi dominateur, surtout en conquête, La Rochelle devient l’un des clubs les plus craints d’Europe. Mais O’Gara, en bon arrière de métier, a aussi travaillé ce secteur, et avec les arrivées de Dillyn Leyds et Brice Dulin, les Maritimes s’arment de trois-quarts complets et très bons dans l’occupation et le jeu aérien. Jeu aérien que Ronan va inculquer à ses joueurs, avant même que des équipes reconnues aujourd’hui le fassent. Les résultats payent, et ROG voit son collectif enchaîner les finales avec, au bout, deux titres européens.

Le second titre européen de La Rochelle, avec Romain Sazy, Ronan O’Gara et Grégory Alldritt

La Rochelle KO

Après avoir enchaîné les saisons les plus marquantes du club, Ronan se heurte à partir de 2024 à la difficulté d’une équipe sur le déclin. Aucune finale en 2024, privée de top 6 en Top 14 pendant l’année 2025, et éliminée en Champions Cup dès les phases de poule 2026. Entre un effectif en proie aux blessures et vieillissant, Ronan et son staff n’arrivent pas à rehausser le niveau des coéquipiers de Grégory Alldritt. Le recrutement se fait pauvre et peu efficace, à l’image de Teddy Iribaren qui, tout comme Jules Plisson, devait se relancer avec La Rochelle. Ce dernier, ramené sur la côte Atlantique en 2019 par Ronan O’Gara, a laissé sa colère parler après son départ du club. « Quand tu as un mec qui n’attend que tu te loupes et qui te détruit à longueur de journée, forcément tu es moins en confiance. »

Que ce soit Antoine Hastoy, Teddy Thomas, ou encore Hugo Reus, les rumeurs font l’étalage de la dureté que peut avoir l’ancien Munsterman en cas de sous-performance. Un climat qui peut vite devenir hostile, surtout lors de la spirale de défaites, à l’hiver 2025. Mais le manager rochelais est tout aussi dur avec lui-même voire plus. « On a perdu plus qu’un match, ce soir. Je suis le premier responsable car je suis le manager », confiait-il aux journalistes, après la défaite contre l’Aviron Bayonnais (37-7), en 2024. Avec son staff, il essaie de s’émanciper de son « KO Rugby » depuis deux saisons et de faire évoluer le jeu des Maritimes, pour lui redonner ses lettres de noblesse. Un changement qui commence à s’opérer avec les six victoires consécutives en fin de saison dernière. S’il a toujours eu un regard sur la jeunesse, on sent Ronan O’Gara très intéressé par la formation rochelaise, mais pas que. Cette saison a vu l’arrivée de jeunes qui découvrent le Top 14 (Elissalde, Bouju, Adélaïde, Tuifua…). De quoi apporter un nouveau souffle au Stade Rochelais.

Dur et parfois même excessif, ROG est le genre de manager qui se dévoue pour son équipe et se remet constamment en question. Convaincu qu’il peut aller chercher le premier Brennus de l’histoire du club, après avoir déjà beaucoup œuvré pour ce dernier, il a décidé de rester pour quatre saisons de plus. Un choix dicté par l’amour qu’il porte au club et à ses supporters. « L’ambiance au Stade Deflandre ! Je suis très impressionné par le soutien des supporters dans cette période difficile […] Ce qui fait un bon club, c’est l’état d’esprit de ses supporters. Nous avons beaucoup de chance ici. » Un amour que les supporters lui rendront bien jusqu’au moins… en 2031 !

Crédit photo : Icon Sport et Xavier Léoty