Dillyn Leyds, le magicien sud-africain

Samedi 19 septembre 2026, Dillyn Leyds a fêté sa 150e apparition sous le maillot jaune et noir. Retour sur un joueur qui a laissé sa passion pour le ballon ovale le guider, du sud du continent africain jusqu’à la côte atlantique.

Le petit Dillyn voit le jour le 12 septembre 1992 à Somerset West, une ville de plus de 350 000 habitants, située au sud ouest de l’Afrique du Sud. Issu d’une famille passionnée de rugby, il suit les traces de son grand-père et de son père Gershwin, qui ont tous les deux joué pour le club de leur ville. Son père était deuxième ligne et capitaine de l’équipe de Somerset West. Son petit frère, Tristan, est dans le sillage de son grand frère, lui qui est aujourd’hui international sud-africain de rugby à VII. 

À toute vitesse

Son destin va aussi vite que lui. À 10 ans, Dillyn Leyds est repéré pour ses qualités rugbystiques et intègre l’internat d’une école privée. Il fait ses classes à l’académie de la Western Province, club avec lequel il débute sa carrière professionnelle. Dix ans plus tard, en 2012, il remporte la Coupe du monde U20 avec les Baby Boks, aux côtés de Wiaan Liebenberg et Raymond Rhule, qui deviendront ses futurs coéquipiers au Stade Rochelais. L’année suivante, il s’exile en Australie pour disputer une saison en Super Rugby avec la Western Force et en National Rugby Championship (NRC) avec Perth Spirit.

Leyds revient au pays et retrouve pour quelques mois son équipe de cœur, la Western Province, avant de signer dans la prestigieuse franchise des Stormers. Pendant six saisons, il montre l’étendue de son talent. C’est un joueur élégant ballon en main, qui se distingue par sa vitesse, son sens du jeu mais aussi sa capacité à effectuer des gestes spectaculaires. Il se fait connaître en Europe grâce à une passe qui se classe parmi les plus belles de l’ère moderne. 

Mais Dillyn est également un joueur polyvalent. Formé en tant qu’ailier, il peut également évoluer au poste d’arrière et de demi d’ouverture. Un profil qui attire l’œil. Fort de ses années en Super Rugby, il est sélectionné à dix reprises avec les Springboks et dispute quatre matchs contre… la France ! Coïncidence ?

Cap sur l’Atlantique

Pour la saison 2020-2021, le Stade Rochelais se renforce avec cinq joueurs, bien ciblés : Brice Dulin, Jules Le Bail, Dillyn Leyds, Raymond Rhule et William Skelton. La quasi totalité de ses recrues aura été indispensable dans la quête des deux titres européens du Stade Rochelais, en 2022 et 2023. Avec notamment une action qui restera dans les annales entre Leyds et Rhule, lors de la finale face au Leinster en 2022. 

Dillyn Leyds quitte donc son pays natal pour la Charente-Maritime afin de tenter sa chance en France. « J’ai demandé à Cheslin Kolbe qui était à Toulouse comment était la vie, le rugby… Il m’a dit que venir en France avait été son meilleur choix. » Il est alors tiraillé entre l’excitation d’un nouveau challenge qui l’attend en France et un départ qui est un crève-cœur, loin des siens. « C’était vraiment difficile de partir d’Afrique du Sud. J’étais chez moi, avec ma famille, mes amis… J’ai grandi avec beaucoup de gars avec qui je jouais là-bas. » À 27 ans, il s’impose rapidement dans l’effectif de Jono Gibbes. Pour sa première saison, Leyds dispute l’intégralité des matchs, en étant titulaire à 96 % (25/26). Il cumule près de 2000 minutes de temps de jeu et inscrit neuf essais. Le début d’une belle histoire.

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La force tranquille 

Pour les saisons qui suivent, Dillyn Leyds prend de l’épaisseur et devient un joueur indispensable de l’effectif rochelais, en faisant preuve d’une régularité rare. Il dispute en moyenne 1832 minutes par saison. Rien que ça. S’il se qualifie comme « petit et maigre », l’ailier est peu souvent blessé, ce qui lui permet d’enchaîner les rencontres et de garder un niveau de jeu constant. 

Clin d’œil du destin, lors de la saison 2023-2024, le natif de Somerset West retrouve son ancienne équipe, les Stormers. Souvenez-vous, le Stade Rochelais avait affronté la franchise sud-africaine en phase de poules de Champions Cup. Il raconte : « C’était très particulier, il y avait beaucoup d’émotions. Jamais je n’aurais pensé, quand je suis parti de là-bas, que j’allais jouer un jour contre eux. C’était à la fois dur de les affronter mais aussi cool car je connais tout le monde par cœur. J’ai des amis dans l’équipe, il y avait ma famille au stade et c’était spécial de jouer devant eux, sûrement l’un des meilleurs souvenirs de ma carrière. » 

Ironie du sort, les Maritimes retrouvent les anciens coéquipiers de Leyds, quelques mois plus tard. Cette fois-ci en huitièmes de finale. « Le destin s’en est mêlé, on y est retournés quatre mois après. On avait perdu d’un point le premier match (21-20), tout le monde était venu me voir pour me dire : “Tu devrais rester avec nous”. » Mais l’issue est plus heureuse pour Leyds et ses partenaires puisque les Maritimes s’imposent, à la suite de l’échec de Libbok, après la sirène (21-22). Plus récemment, en décembre 2025, les Rochelais avaient lourdement chuté face aux Stormers, avec une équipe rajeunie (42-21). 

Le 21 juin 2024, Leyds entre dans le cercle fermé des centurions du Stade Rochelais. Il dispute son 100e match face au Stade Toulousain, lors d’une demi-finale de Top 14 au Stade Atlantique de Bordeaux. Le Sud-Africain honore son tout premier capitanat avec le club à la caravelle, le 2 novembre 2024, preuve de la confiance accordée par Ronan O’Gara et son staff. Deux ans plus tard, le samedi 19 septembre 2026, il réalise son 150e match sous les couleurs rochelaises, avec le brassard autour du bras, en même temps que les cent ans du Stade Marcel-Deflandre. 

Parti pour rester ?

Depuis son arrivée à La Rochelle, Dillyn Leyds a bien évolué, aussi bien dans sa vie professionnelle que personnelle. En 2024, il est devenu papa d’une petite Camille. « Je me sens vraiment rochelais. Ma fille est née ici, ma femme est très contente, on aime la ville, les gens sont très gentils. » Pour sa septième saison avec le club à la caravelle, le contrat du Sud-Africain arrive à son terme.

Désormais âgé de 34 ans, Dillyn Leyds ne sait pas de quoi sera fait son avenir. « Bien sûr, je suis très attaché à cette ville et à ce club […] C’est à moi d’essayer de faire mon boulot sur le terrain. Après, si je l’ai suffisamment fait, s’ils sont contents de moi… Ça dépend du président et de Ronan. La décision n’est pas entre mes mains », confiait-il il y a quelques semaines dans les colonnes du Midi Olympique.

Si lui souhaite rester au club, il faudra tomber d’accord avec les dirigeants maritimes pour une éventuelle prolongation de contrat. Mais la concurrence accrue et l’âge du sud-africain ne jouent pas forcément en sa faveur. Aujourd’hui, Dillyn Leyds n’a pas toutes les cartes en main pour son destin mais il peut se targuer d’avoir au moins le ballon. Affaire à suivre…

Crédit photo : Thibaut Bossenie – Stade Rochelais