Ce week-end, c’est le retour de la Champions Cup pour Ronan O’Gara et ses joueurs. Une compétition qui a écrit les plus belles pages de l’histoire du Stade Rochelais… mais aussi les plus grosses désillusions. C’est dans une position de challenger que les Maritimes vont attaquer la phase de poules, samedi 17 octobre 2026, avec pour objectif de se servir des échecs du passé, pour tenter de vivre une nouvelle épopée historique.
Après deux sacres européens consécutifs en 2022 et 2023, le Stade Rochelais a érigé son nom parmi les grandes références du rugby continental. Mais le prestige d’un palmarès n’est pas sans désillusion. La saison dernière, les Jaune et Noir ont été évincés prématurément de la Champions Cup et contraints de poursuivre leur aventure européenne en Challenge Cup. À l’heure d’ouvrir un nouvel exercice, les coéquipiers de Grégory Alldritt doivent retrouver leur statut, tout en composant avec les exigences d’un Top 14 toujours aussi disputé. Avec quatre adversaires à affronter en phase de poules et un système de qualification remanié, la campagne 2026-2027 s’annonce exigeante. Reste une question essentielle : le Stade Rochelais peut-il faire de la Champions Cup une priorité sans compromettre ses ambitions nationales ?
Retenir la leçon d’une élimination prématurée
Place forte de l’échiquier rugbystique il y a encore quelques saisons, le Stade Rochelais est doucement, mais sûrement, rentré dans le rang. Capable de renverser les formations les plus expérimentées du Vieux Continent, la saison 2025-2026 a rappelé que cette domination appartenait désormais au passé.
Engagés dans une poule particulièrement relevée avec le Leinster, les Leicester Tigers, les Harlequins et les Stormers, les Rochelais n’ont pas réussi à se hisser parmi les qualifiés pour la phase finale. Leur défaite contre les Quins, lors de la dernière journée de poule, a scellé leur sort. Cinquièmes de leur groupe, ils ont été reversés en Challenge Cup. Un revers sportif, mais également un avertissement pour un club dont les ambitions dépassent naturellement une simple qualification.
Une campagne marquée par l’inconstance
Pour comprendre cet échec, il faut revenir sur les quatre rencontres de la phase de poules. Les Rochelais ont débuté par une victoire convaincante contre Leicester, 39-20, à Marcel-Deflandre. Un premier résultat encourageant, avec un bonus offensif à la clé, qui semblait leur permettre de lancer idéalement leur campagne.
La suite s’est révélée plus compliquée. Le déplacement chez les Stormers s’est soldé par une défaite 42-21. Avec une équipe fortement remaniée, les Maritimes ont éprouvé des difficultés à contenir les offensives adverses malgré une première mi-temps accrochée (16-7 pour les locaux à la pause). Mais face à une formation sud-africaine pratiquant un rugby ultra-physique, la jeune garde rochelaise n’a pas existé dans le deuxième acte. Cette rencontre a mis en évidence les risques liés à un déplacement lointain, mais aussi la difficulté de maintenir le même niveau de performance loin de ses bases.
Le troisième rendez-vous face au Leinster a probablement constitué le moment le plus frustrant de la campagne. À Dublin, les Rochelais sont arrivés avec un plan clair : garder les Irlandais sous pression pendant 80 minutes (58 % de possession et 59 % d’occupation). La stratégie concoctée par Ronan O’Gara a failli faire mouche. Dominateurs et devants au score grâce à l’essai d’Ihaia West à la 78ème minute, une pénalité de Harry Byrne à la 81ème minute crucifie les Charentais-Maritimes et offre la victoire aux Irlandais, 25-24. Une défaite au goût amer, mais qui ne scelle pas encore l’avenir de Grégory Alldritt et de ses coéquipiers dans la compétition.
La réception des Harlequins arrivait à point nommé pour reprendre de la confiance, d’autant plus qu’un point suffisait aux Jaune et Noir pour se hisser en huitième de finale. C’est malheureusement le scénario catastrophe qui s’est déroulé : défaite 17-27, sans bonus, après une deuxième mi-temps insipide. Ronan O’Gara n’a d’ailleurs pas mâché ses mots en conférence de presse pour analyser la performance de ses joueurs. « C’est une défaite inacceptable. J’aimerais pleurer, j’aimerais râler, faire beaucoup de choses […]On a relâché, on a pensé que ça allait être ok pendant 80 minutes, mais ce n’est jamais comme ça dans le sport. On a fait l’inverse de la semaine dernière. Quand tu ne te sens pas capable de finir un match pendant 70 secondes la semaine dernière (face au Leinster N.D.L.R), quand tu n’es pas capable de garder une marge de sept points avec une dernière touche… On se bat nous-mêmes. »
La sortie du technicien irlandais résume parfaitement les maux rochelais du moment. L’élimination n’est pas uniquement le résultat d’une rencontre manquée, mais celui d’une campagne au cours de laquelle les Rochelais n’ont pas réussi à maintenir suffisamment de constance dans le jeu et surtout dans l’état d’esprit.
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Se servir des échecs du passé
Le constat est clair, le Stade Rochelais a vécu une campagne de Champions Cup décevante marquée par l’irrégularité du niveau de jeu et des résultats. Entre coups d’éclat, porosité défensive et manque d’implication, le staff rochelais a de quoi travailler pour essayer de retrouver son lustre d’antan. Ne pas répéter les mêmes erreurs doit donc être le credo de Ronan O’Gara pour cette nouvelle saison. Le technicien irlandais, qui a récemment prolongé jusqu’en 2031, va pouvoir surfer sur un bon début de saison et surtout un recrutement intelligent pour insuffler une nouvelle dynamique dans cette compétition qui lui tient à cœur.
Une poule homogène…
Pour retrouver les sommets, les Rochelais devront d’abord franchir un premier obstacle : une phase de poules qui ne leur accordera que quatre rendez-vous pour se positionner. Dans la poule 2, ils affronteront les Lions sud-africains, les Saracens, les Exeter Chiefs et le Connacht. Quatre adversaires aux profils différents, mais qui ont tous les moyens de barrer la route des Jaune et Noir.
Pour le premier match, les Rochelais accueillent les Lions pour le premier match de l’histoire entre ces deux formations. En effet, les Lions n’étaient pas qualifiés pour la Champions Cup la saison dernière. Issus du rugby sud-africain, ils vont imposer un affrontement particulièrement physique, dans lequel la conquête et la capacité à tenir les duels seront déterminantes. Un joueur sera particulièrement à surveiller, le néo-international Morne Van Den Berg. C’est un jeune demi de mêlée qui a pris part aux trois victoires sud-africaines face à la Nouvelle-Zélande lors du Rugby Greatest Rivalry, dont un match en tant que titulaire. Duel de fondamentaux à venir à Marcel-Deflandre ce week-end !
Pour le deuxième match, le club à la caravelle mettra les voiles vers Londres pour affronter les Saracens dans leur stade de l’Allianz Park. Un déplacement périlleux qui avait notamment coûté cher au Stade Toulousain la saison passée en phase de poule (défaite 20-14). Les Sarries sont redevenus une place forte du rugby anglais, six ans après leur relégation administrative due à plusieurs infractions au salary cap. Ils s’appuieront sur la grande quantité d’internationaux anglais qui composent l’effectif, avec notamment la colonne vertébrale Moro Itoje, Ben Earl, Owen Farrell, tous de solides cadres du XV de la Rose. L’année dernière, les hommes de Brendan Venter avaient chuté face à Bath en huitième de finale (31-22).
Un deuxième déplacement d’affilée attendra les Rochelais pour ce troisième match de poule, chez les Exeter Chiefs. Finaliste en titre de Premiership (défaite 26-17 en finale face à Northampton), les ex-coéquipiers de Jack Nowell ont enfin fini leur reconstruction entamée il y a deux ans. Ils retrouvent la Champions Cup, après une élimination en poule lors de l’édition 2024-2025 avec un petit point. Bien qu’ils ne disposent pas de grands noms internationaux, c’est un collectif bien huilé avec en tête le serial marqueur Immanuel Feyi-Waboso que le Stade Rochelais va affronter. L’ailier anglais est la principale menace des Chiefs et sera à surveiller de près par la défense maritime. Exeter n’était pas non plus qualifié pour la Champions Cup la saison dernière.
Pour le dernier match de cette phase de poule, les Jaune et Noir accueilleront le Connacht à Marcel-Deflandre. La province irlandaise était plutôt habituée à jouer la Challenge Cup ces dernières saisons. Mais les bons résultats affichés en URC la saison dernière ont permis à Bundee Aki et ses partenaires d’accrocher une huitième place, qualificative pour les phases de poule de la Champions Cup. La dernière présence du Connacht dans la plus grande compétition « européenne » remonte à la saison 2023-2024, c’est donc avec assez peu de repères que cette province attaquera cette compétition. Mais elle pourra toujours s’appuyer sur un effectif de qualité composé d’internationaux irlandais, avec en chef de file Bundee Aki et Mack Hansen. Deux joueurs prépondérants dans la période dorée du XV du Trèfle, auréolé de deux titres dans le Tournoi des VI Nations (2023 Grand Chelem et 2024). À noter que le Connacht n’était pas qualifié pour la Champions Cup la saison dernière.
En ce qui concerne le calendrier, les Rochelais recevront les Lions le 17 octobre, se déplaceront chez les Saracens le 12 décembre, puis à Exeter le 9 janvier 2027, avant de recevoir le Connacht le 16 janvier.
… Mais un format plus exigeant
Les adversaires ne seront pas le seul changement à prendre en compte. Le système de qualification en phase finale évolue également. Jusqu’à la saison dernière, les quatre premiers de chaque poule obtenaient directement leur billet pour les huitièmes de finale. Désormais, seuls les trois premiers seront automatiquement qualifiés. Les quatre dernières places seront attribuées aux équipes ayant obtenu le plus grand nombre de points de classement parmi les clubs restants, indépendamment de leur poule. Les quatre équipes suivantes seront, quant à elles, reversées en huitièmes de finale de Challenge Cup.
Ce changement renforce l’incertitude et la pression sur les équipes. Une formation qui termine quatrième ne sera plus assurée de poursuivre son parcours en Champions Cup. Les Rochelais devront donc viser le haut du classement plutôt que de simplement chercher à sécuriser une place parmi les quatre premiers.
Autre changement à venir pour cette nouvelle saison, le point de bonus offensif. Jusqu’ici, le point de bonus offensif était donné aux équipes qui marquaient quatre essais minimum dans le match, qu’elles gagnent la rencontre ou non. Désormais, il faudra marquer trois essais de plus que l’adversaire, comme en Top 14 ! C’est un nouveau système qui récompensera les équipes offensives, tout en maintenant un équilibre défensif pour préserver les trois essais d’avance.
La règle du bonus défensif, quant à elle, ne change pas. Il est accordé aux équipes qui perdent de sept points ou moins.
Entre reconquête européenne et ambitions nationales
Deux titres européens consécutifs en 2022 et 2023, une expérience importante des phases finales et la capacité à rivaliser avec les meilleures équipes du continent, le Stade Rochelais possède des références qui lui permettent légitimement d’ambitionner un parcours important en Champions Cup.
Mais entre le souvenir des sacres et la réalité sportive, il existe une différence. Les dernières campagnes ont montré que les Maritimes ne pouvaient plus considérer leur statut de prétendant comme acquis. La saison passée l’a aussi rappelé : un effectif compétitif et une histoire récente prestigieuse ne suffisent pas si la régularité fait défaut.
Une qualification comme objectif minimal, un titre comme ambition
Le premier objectif doit être clair : retrouver les phases finales. Au regard du passé récent du club et de ses ambitions, une nouvelle élimination dès la phase de poules serait une désillusion. L’objectif ne doit cependant pas se limiter à une qualification glanée dans la difficulté. Le Stade Rochelais doit viser les premières places de son groupe afin de se donner les meilleures chances de recevoir lors des huitièmes de finale. Les nouvelles règles rendent cet objectif encore plus important. Terminer parmi les trois premiers garantit une place en phase finale, tandis qu’une quatrième place obligerait à regarder les résultats des autres poules. Pour un club qui souhaite viser le titre, dépendre de calculs extérieurs n’est pas une stratégie satisfaisante.
Une fois les huitièmes atteints, les ambitions pourront naturellement évoluer. Le format à élimination directe laisse une place importante à la gestion des temps forts, à la discipline et à la capacité d’élever son niveau dans les rencontres décisives. Les sacres de 2022 et 2023 démontrent que La Rochelle sait évoluer dans ce contexte. L’expérience acquise lors de ces campagnes constitue un atout, à condition de la transformer en performances concrètes.
Pour autant, annoncer le club comme un favori incontestable serait excessif. La concurrence européenne reste très dense, avec des formations comme Toulouse, le Leinster ou l’Union Bordeaux-Bègles, capables elles aussi d’ambitionner le trophée. La Rochelle possède les références nécessaires pour viser loin, mais devra d’abord démontrer qu’elle a retrouvé la constance indispensable à un candidat au titre.
Le Top 14, l’autre grand défi
L’ambition européenne se heurte toutefois à une réalité incontournable : le calendrier français. Le Stade Rochelais est en plein milieu d’un bloc de dix matchs (le match contre les Lions sera le septième). La densité des rencontres, les déplacements et les blessures obligent les staffs à gérer leurs effectifs avec une grande attention. Les périodes européennes sont particulièrement délicates. Les quatre journées de poule sont concentrées entre octobre et janvier, puis les huitièmes et les quarts de finale se déroulent en avril 2027, avant les demi-finales et la finale en mai.
Pour les Maritimes, la difficulté sera donc de maintenir un niveau de performance élevé sur les deux compétitions. Et cela passe obligatoirement par de la gestion d’effectif. Dans le classement des joueurs les plus utilisés du championnat, on retrouve deux Rochelais avec Simeli Daunivucu (premier avec 495 minutes jouées) et Dillyn Leyds (troisième avec 483 minutes). Cela s’explique par les nombreux blessés qui composent l’infirmerie rochelaise, en particulier chez les trois-quarts. Mais le temps de jeu des joueurs devrait être mieux réparti avec l’arrivée des deux jokers médicaux : Tevita Ofa et Avakuki Niusalelekitoga.

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Le staff doit également prendre en compte la situation sportive du moment. Une équipe bien positionnée en Top 14 peut se permettre une gestion différente de celle qui doit impérativement prendre des points pour rester dans la course à la qualification. Une situation que l’on a bien trop vue la saison dernière. Heureusement, la bonne entame rochelaise en championnat devrait aller en ce sens et donc permettre une rotation pour les matchs de coupe d’Europe. De plus, le bon recrutement effectué pour améliorer la profondeur de l’effectif devrait permettre de rester compétitif à chaque match, ce qui a cruellement fait défaut au club l’année passée.
La liste des 42
La liste des 42 joueurs communiquée à l’EPCR comporte quelques surprises ! Si la majorité des recrues et des cadres sont présents, nous pouvons également noter la présence du jeune Valentin Bouju, auteur de prestations remarquées contre Toulon et le LOU en Top 14. La première petite surprise se situe au niveau des deuxièmes lignes avec la présence du prospect, Visesio Kite (17 ans). Le jeune australien (2m04 pour 147 kg) n’a encore aucune feuille de match avec les professionnels, mais s’entraîne régulièrement avec eux. Il enchaîne également les matchs en espoir au poste de numéro 5. Nul doute que le staff le porte en haute estime pour le placer sur cette liste, malgré sa faible expérience du haut niveau. D’autant plus qu’il remplace numériquement un autre colosse australien : Will Skelton, qui ne figure pas pour le moment dans la liste.
Les deux autres surprises se situent chez les centres, avec la présence des deux jokers Avakuki Niusalelekitoga et Tevita Ofa. Les deux Fidjiens seront donc disponibles dès ce week-end contre les Lions si le staff décide de les retenir. C’est une belle preuve de confiance qui leur est accordée. Ils pourront ainsi faire leurs preuves dans deux compétitions différentes. Et quand on sait à quel point le rugby est un sport énergivore, leur présence ne sera pas de trop pour mener à bien les ambitions rochelaises de cette saison. À noter que le staff rochelais a la possibilité d’effectuer jusqu’à cinq changements dans la liste, lors de la phase de poules.

Le droit de rêver, l’obligation de répondre présent
Cette saison 2026-2027 a tout d’un premier tournant dans la reconstruction rochelaise entamée il y a deux ans. Avec un recrutement important, des jeunes bien intégrés autour d’une colonne vertébrale expérimentée et des ambitions assumées, le millésime maritime a tout pour enfin jouer les premiers rôles en Champions Cup.
Bien que la poule soit à première vue plus abordable que les années précédentes, cette compétition est un véritable sprint où il faut être performant à chaque match. Quand on sait à quel point jouer à domicile au rugby est un avantage, le Stade Rochelais ne pourra pas se permettre l’inconstance qui l’a caractérisé ces deux dernières années. Le potentiel du club autorise des ambitions élevées.
Reste la question de la double ambition. Le Stade doit-il jouer la Champions Cup à fond, quitte à fragiliser son parcours en Top 14, ou doit-il privilégier un équilibre entre les deux compétitions ? La réponse se trouve probablement entre ces deux options. Renoncer à l’Europe serait contraire à l’histoire récente du club et négliger le championnat n’est pas une option. La Rochelle doit assumer ses ambitions européennes, sans perdre de vue l’importance de la régularité nationale. Car les grands clubs ne se distinguent pas uniquement par les trophées qu’ils remportent, ils se distinguent aussi par leur capacité à rester compétitifs dans la durée, à gérer les périodes difficiles et à faire les bons choix lorsque les échéances s’accumulent.
Le Stade Rochelais a-t-il les moyens de reconquérir l’Europe ? Oui. Peut-il se permettre de sacrifier le Top 14 pour y parvenir ? Non. C’est précisément dans sa capacité à concilier ces deux ambitions que se jouera une grande partie de sa saison.
Crédits photos : Stade Rochelais, Mathieu Darras – Fièvre SR, Top 14

